Défendre les droits humains, réformer la justice
Les 19 et 20 septembre2025, Amnesty International Sénégal, en partenariat avec la Coalition Sénégalaise des Défenseurs des Droits Humains (COSEDDH), a organisé un atelier d’information et de partage avec les députés sur les avant-projets de loi relatifs à la protection des défenseurs des droits humains, à l’instauration d’un juge des libertés ainsi qu’au statut des « daaras ». La rencontre a également permis d’examiner les recommandations issues des “Assises de la justice” et du “Dialogue national sur le système politique”.
Organisé à l’intention de tous les députés membres de la Commission des lois, de la Décentralisé et des Droits humains, cet atelier visait à sensibiliser les parlementaires à l’importance d’adopter une loi nationale de protection des défenseurs des droits humains. Il cherchait également à soutenir les réformes clés envisagées par le Gouvernement notammant l’institution d’un juge des libertés et de la détention ainsi qu’une loi de modernisation des écoles coraniques (daaras) au Sénégal.
Pendant deux jours, parlementaires, représentants de la société et membres d’instances gouvernementales en charge des droits humains ont échangé autour de communications riches et variées. Ces discussions, particulièrement nourries, ont débouché sur des recommandations majeures en vue de défendre les droits humains et de réformer la justice.
Selon Seydi GASSAMA, Directeur d’Amnesty International Sénégal, l’objectif de la rencontre est de débattre des projets et avant-projets de loi proposés par la société civile, dont plusieurs ont été adoptés par le gouvernement sans avoir été transmis à l’Assemblée nationale. Il a insisté sur le rôle essentiel des organisations de la société civile dans l’accompagnement de l’État, ainsi que l’importance d’adopter une loi protégeant les défenseurs des droits humains. Ce loi de protection permettra de corriger la conception erronée qui voudrait que le défenseur des droits humains soit la personne qui travaille dans une organisation de droits humains. Cette conception, très restrictive de la notion doit être corrigée puisqu’un défenseur des droits humains est finamement toute qui personne, agissant individuellement ou au sein d’une organisation, œuvre pour la promotion et la protection des droits humains.
Le Représentant régional du Bureau du Haut Commissariat pour les droits de l’homme à Dakar, M. Robert Kotchani s’est quant à lui réjoui des avancées vers l’adoption d’une loi de protection des défenseurs des droits humains et l’institution d’un juge des libertés et de la détention. Des avancées qu’il considère comme un progrès majeur pour le Sénégal tout en soulignant les défis persistants liés au renforcement et à l’opérationnalisation des mécanismes déjà en place, notamment la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH). Il a réaffirmé la disponibilité du Haut-Commissariat à collaborer avec l’ensemble des institutions étatiques et non étatiques pour faire progresser les droits humains dans le pays.
Monsieur Abdoulaye TALL, député et président de la Commission des lois, de la Décentralisation, du Travail et des Droits humains a rappelé que l’Assemblée nationale se doit d’être la première institution à accompagner la société civile afin que la sacralité des droits humains ne demeure pas un simple principe. Il a exprimé sa profonde gratitude à Amnesty International Sénégal et à la Coseddh, estimant que cette rencontre contribue à consolider l’architecture normative des libertés publiques, à perfectionner l’efficience judiciaire et à honorer les engagements internationaux du Sénégal. Qualifiant les défenseurs des droits humains de “vigies de la République”, il a jugé légitime la mise en place d’un cadre juridique spécifique garantissant leur protection contre toute entrave illégale.
Abordant l’institution d’un juge des libertés et de la détention, il a salué une innovation juridictionnelle et procédurale destinée, entre autres, à lutter contre le surpeuplement carcéral. Quant aux réformes issues des “Assises de la justice” et du “Dialogue national sur le système politique”, il a estimé qu’elles ouvrent une perspective d’ensemble pour rationaliser les procédures, améliorer la qualité du service public de la justice et renforcer l’indépendance, l’impartialité et l’efficacité du système judiciaire. Monsieur Abdoulaye TALL a par ailleurs souligné le caractère ambitieux de la réforme du statut des daaras en ce qu’elle cherche à concilier le respect du patrimoine culturel et religieux avec la promotion d’une éducation de qualité pour tous.
Compte tenu de la pertinence de ces agendas, il s’est engagé, au nom de la Commission des lois, à examiner les différents textes de manière rigoureuse, impartiale et ouverte.


