Dans le cadre de sa mission de défense des droits humains, Amnesty International Sénégal a organisé un atelier réunissant des autorités étatiques, des chefs religieux, des acteurs de la société civile et des maîtres coraniques. La rencontre qui s’est tenue le 15 mai 2025 à Dakar a enregistré la participation des intervenants clés dans la protection des enfants.
Dans un contexte où les daaras continuent de jouer un rôle fondamental dans l’éducation religieuse au Sénégal, mais restent confrontés à des défis structurels, sociaux et réglementaires, Amnesty International Sénégal a tenu, en amont des assises nationales, cet atelier de réflexion sur le cadre juridique et social des “ndongo daara” (les enfants talibés).
Cet atelier s’inscrit dans une dynamique de plaidoyer pour une adoption rapide du projet de loi portant statut des daaras, outil central de régulation, de modernisation et de protection des droits des ndongos daaras. Elle servira également à poser les bases d’un système éducatif plus équitable, qui réconcilie traditions culturelles et exigences modernes en matière de protection des droits des enfants.
Un dialogue multi-acteurs pour un enjeu national
L’atelier s’est déroulé en présence de plusieurs personnalités de premier plan :
- M. Babacar SAMB, Directeur de l’inspection des daaras ;
- Mme Seynabou DIAKHATE, Directrice de la protection des groupes vulnérables ( Ministère de la Famille) ;
- M. Djim DRAME, Directeur des affaires religieuses ;
- M. Papa Diene DIOP, Président d’Amnesty Sénégal ;
- L’honorable député El Hadj GUEYE, président de la Commission éducation et jeunesse de l’Assemblée nationale.
Dans son discours d’ouverture, M. Seydi GASSAMA, Directeur exécutif d’Amnesty Sénégal, a souligné l’importance de bâtir un consensus autour d’une réforme législative ambitieuse pour encadrer les daaras, protéger les enfants qui y sont emmenés pour étudier la religion, et poser les bases d’un système éducatif plus équitable.
Vers un statut légal des daaras : les enjeux du projet de loi
L’un des moments forts de l’atelier fut la présentation du projet de loi portant statut des daaras par M. Moustapha Ka, magistrat. Ce texte, inscrit dans le cadre de la politique sectorielle nationale (PAQUET 2013-2025), vise à institutionnaliser l’enseignement religieux, tout en garantissant :
- une éducation de qualité dans un environnement protecteur,
- la formation et la diplomation des maîtres coraniques,
- l’amélioration des infrastructures et de la santé des enfants talibés et
- l’instauration d’un système d’équivalence avec l’enseignement formel.
Au final, ce projet de loi ambitionne de faire des daara, un lieu d’enseignement, certes religieux, mais qui devra répondre à des critères bien définis, notamment l’obtention d’un agrément pour pouvoir fonctionner, avance le magistrat. Il en sera également ainsi de la définition d’un programme d’enseignement ou curricula entièrement à la charge des maitres coraniques.
Il est également proposé la mise en place d’un conseil consultatif en charge des questions liées au daaras. Des mesures coercitives contre les abus sont également proposées par le projet, afin d’assurer un encadrement conforme aux normes des droits de l’enfant.
Une mobilisation unanime autour de la réforme
De nombreux intervenants ont exprimé leur adhésion à la réforme. Le représentant du Mouvement des domous daaras, M. Tahir FALL, a rappelé que “la centralité de l’enfant” doit guider toutes les réflexions autour de l’éducation coranique. Mme DIAKHATE, du Ministère de la Famille, a souligné que ce projet répond à une nécessité de justice sociale et de droits humains, appelant à une intégration réelle du système daara au système éducatif national.
M. Djim DRAME, Directeur des affaires religieuses a, quant à lui, salué la collaboration fructueuse entre Amnesty International Sénégal et la Fédération des maîtres coraniques (FMC). Il a appelé à une reconnaissance institutionnelle formelle des daaras. Pour M. SAMB de la Direction des daaras, “l’engagement d’Amnesty International Sénégal pour une éducation religieuse encadrée et équitable.” est à magnifier.
Prochaine étape : les assises nationales
L’atelier a permis de poser les bases d’un consensus en faveur de l’adoption rapide du projet de loi portant statut des daaras. Les différents acteurs présents ont réaffirmé leur engagement à œuvrer ensemble pour une éducation religieuse respectueuse des droits des enfants, et à faire des prochaines assises nationales un moment historique pour la reconnaissance et la modernisation de cet aspect essentiel de la société sénégalaise.
Un acte concret de solidarité
En marge de l’atelier, Amnesty International a offert une consultation médicale gratuite à plus de 300 élèves talibés — un geste fort qui témoigne de la volonté de l’organisation de concilier plaidoyer et action directe sur le terrain.


