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Les droits oubliés des femmes casamançaises

4 décembre 2005
El hadj Abdoulaye Seck

"Les femmes en Casamance ont payé un prix particulièrement lourd dans ce conflit, certaines ont été prises en otages, d’autres ont été enlevées, violées ou menacées de viol par les deux parties au conflit", affirme Amnesty International dans un rapport intitulé Sénégal. Paroles de femmes casamançaises rendu public aujourd’hui lors d’une conférence de presse à Dakar.

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Paroles de femmes casamançaises

Lorsque son mari a "disparu" en août 1999, après avoir été arrêté par les forces de sécurité sénégalaises en Casamance, Khady Bassène s’est vue refuser le droit de toucher la pension de retraite de son mari car elle ne pouvait présenter le certificat de décès de son époux.
Depuis lors, sa situation économique et celle de ses enfants n’ont cessé de se détériorer. Anna Malack, elle, a été victime de violences sexuelles commises en 1999 par des éléments armés du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC), un groupe d’opposition armé, qui revendique l’indépendance de cette région au sud du Sénégal. Quatre ans plus tard, cette femme souffre encore de séquelles physiques et psychologiques.

Ces deux exemples font partie de la lutte quotidienne de sept cas de femmes casamançaises que Amnesty International a suivi depuis deux ans. Deux d’entre elles ont été victimes de violences sexuelles commises par des éléments armés se réclamant du MFDC ; quatre autres sont les épouses de civils "disparus" après avoir été arrêtés par les forces de sécurité, et la dernière de ces femmes n’a plus de nouvelles de son mari enlevé il y a un an par des éléments du MFDC, uniquement parce qu’il ne portait pas un patronyme casamançais."

"Des dizaines de femmes de civils ’disparus’ ou enlevés dans ce conflit ont été brutalement confrontées, sans aucun soutien psychologique et souvent sans aucune aide matérielle, à la fois à l’incertitude quant au sort de leur mari, aux difficultés économiques créées par cette absence et aux questions de leurs enfants sur le sort de leur père", précise aujourd’hui Amnesty International.

Au travers du cas des sept femmes, examiné dans le présent rapport, Amnesty International veut faire prendre conscience, aux deux parties au conflit et aux opinions publiques sénégalaise et internationale, de l’ampleur des souffrances et du déni de justice subis par des dizaines de femmes casamançaises, victimes directes ou indirectes de ce conflit.

L’impunité dont jouissent les responsables d’exactions en Casamance depuis des années a privé ces femmes du droit à la vérité, à la justice et à des réparations financières qui leur auraient permis de subvenir aux besoins de leurs familles en leur assurant un niveau de vie décent."

"Le déni de justice et l’absence de réparation a privé ces femmes de certains droits essentiels prévus par le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels de 1966, comme le droit de toute personne à un niveau de vie suffisant pour elle-même et sa famille, le droit qu’a toute personne de jouir du meilleur état de santé physique et mentale qu’elle soit capable d’atteindre et le droit de toute personne à l’éducation", affirme l’organisation.

Le courage et la dignité de ces femmes sont inversement proportionnels au silence et à la passivité des responsables politiques des deux camps qui n’ont rien fait pour soulager les souffrances de ces victimes. Les responsables de ces exactions n’ont pas été identifiés et continuent de bénéficier d’une impunité totale. La vérité n’a pas été reconnue, notamment en ce qui concerne le cas des "disparus", rendant ainsi impossible le travail de deuil de la famille alors qu’aucune réparation n’a été accordée à leurs familles."

"En donnant la parole à ces sept femmes, nous voulons que leurs mots parviennent aux dirigeants politiques des deux parties au conflit et qu’ils secouent l’inertie et l’indifférence qui constituent l’ennemi invisible contre lequel ces femmes luttent quotidiennement, dans une quasi totale solitude", affirme aujourd’hui Amnesty International.

Contexte

Une délégation d’Amnesty International a rencontré une première fois la plupart de ces femmes à Ziguinchor, la capitale économique de la Casamance, en juin 2001. Avec l’aide d’une organisation sénégalaise, la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme (RADDHO), elle a organisé une rencontre, en novembre 2001, entre des avocats sénégalais et ce groupe de femmes afin de faire connaître à celles-ci leurs droits à la justice et à une réparation. Finalement, Amnesty International s’est entretenue avec chacune de ces femmes, en janvier et en octobre 2003, pour suivre l’évolution de leur situation économique et psychologique et connaître l’état de leurs démarches dans leur lutte pour obtenir justice et réparation

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