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Halte à la terreur en Gambie

23 juillet 2010
El hadj Abdoulaye Seck

22 juillet, Journée d’action sur la Gambie

Ce 22 juillet 2010 a été marqué par plusieurs manifestations dans une quinzaine de pays d’Afrique, d’Europe et d’Amérique en soutien aux démocrates et aux défenseurs des droits humains en Gambie confrontés au régime répressif de Yaya JAMMEH.

Au Sénégal, les militants d’Amnesty International s’étaient mobilisés pour faire de cette journée une occasion pour informer l’opinion nationale et internationale sur la souffrance du peuple gambien. Comme l’année dernière, le gouvernement sénégalais a encore interdite la manifestation publique programmée à cet effet à la Place de l’Obélisque dans la matinée. Cependant les militants, les organisations membres de la société civile sénégalaise, la diaspora gambienne et les médias se sont donnés rendez vous au Cyber Campus de ‘Université Cheikh Anta DIOP de Dakar aux fins d’y tenir un forum sur la situation de plus en plus alarmante des droits humains en Gambie.

Ci-dessous le communiqué de presse : Appeler la fête nationale de la Gambie la “Journée de la liberté” est une parodie

Quatre-vingt-quatre (84) organisations non-gouvernementales dans quinze pays se réunissent aujourd’hui, jour décrété la « Journée de la liberté » par le Président Yahya Jammeh de la Gambie, pour dénoncer l’état scandaleux des droits humains en Gambie.

Appeler la fête nationale de la Gambie la « Journée de la liberté » est une parodie honteuse. Le gouvernement du Président Yahya Jammeh a réprimé les libertés politiques et commet des violations des droits humains à large échelle, cela avec une impunité totale. La liberté reste une illusion pour la plupart des gambiens, qui vivent dans la peur des arrestations arbitraires, de la torture, de la détention secrète, des procès inéquitables, du viol, des disparitions, et des exécutions extrajudiciaires.

Des procès inéquitables et les conditions carcérales

Des centaines d’individus furent emprisonnés et détenus dans des conditions effroyables après les vagues d’arrestations de novembre 2009 et de mars 2010. Seulement huit personnes ont été traduites en justice, dans un soi-disant procès pour trahison ou ils sont accusés de fomenter un coup. Les huit hommes sont accusés de procurer des armes, de l’équipement, et des mercenaires pour renverser le régime du Président Yahya Jammeh. Juge Emmanuel Amadi les a tous jugés coupables et les a condamnés à mort, la semaine passée.

Le procès porte entrave à une série de normes internationales en matière de procès équitables. Des détenus ont eu peu ou pas d’accès à leurs avocats ou même aux membres de leurs familles. Certaines sources indiquent que les accusés auraient été torturés ou maltraités. D’autres individus encore auraient subi des pressions pour apporter des faux témoignages au procès, sous la menace d’emprisonnement ou de torture. Le gouvernement aurait persécuté ceux qui ont refusé de faire de faux témoignages, apparemment même en les menaçant de mort.

Les conditions carcérales gambiennes, surtout dans la Prison Centrale de Mile 2 et dans les centres de détention secrets, les casernes militaires, les quartiers secrets des commissariats de police, les commissariats de police dans les zones reculées, et les hangars ou entrepôts, sont inacceptables. Ces conditions constituent en soi une violation au droit de ne pas être soumis aux traitements et punitions inhumains et dégradants.

Détentions arbitraires

La situation des droits humains en Gambie s’est détériorée après 1994, quand le Lieutenant Yahya Jammeh est venu au pouvoir et a interdit tout parti politique ou activité politique. Depuis mars 2006, quand le Président Jammeh avait soi-disant découvert une tentative de coup d’état, la situation c’est progressivement dégradée.

Des membres de la garde rapprochée du président – qui sont sous son contrôle direct – commettent les pires abus, ainsi que certaines unités dans le National Intelligence Agency (NIA, ou Agence de renseignements nationale), souvent dénommés « green boys, ninjas, ou drug boys. » Cependant, l’armée et la police commettent aussi de sérieuses violations des droits humains.

Les forces de sécurité détiennent régulièrement des individus sans accusation formelle (période durant laquelle ils sont souvent torturés ou maltraités), ou les emprisonnent de façon illégale à l’issue de procès inéquitables. Plusieurs individus ont disparu, sont morts en détention, ou sont morts peu après leur libération. Des allégations non-confirmées de morts supplémentaires ont été impossibles à corroborer à cause du refus du gouvernement de donner des informations sur leur cas.

Les journalistes en danger

La liberté d’expression est sévèrement restreinte en Gambie : les journalistes sont arbitrairement arrêtés si on les soupçonne de diffuser des informations critiques ou d’écrire des articles défavorables aux autorités. Des journaux ont été fermés ou ont vu leurs sites web piratés. Des journalistes et membres de l’opposition sont harcelés, menacés, et tués illégalement.

Deux cas impliquant des journalistes gambiens ont été portés devant la Cour de justice de la CEDEAO depuis 2006. Un cas concerne le journaliste du Daily Observer, Chief Ebrima Manneh. Il est victime de disparition forcée depuis quatre ans, malgré la décision de la Cour de la CEDEAO demandant qu’il soit relâché et que des dommages et intérêts soient payes à sa famille.

Dans un autre cas, l’ancien éditeur du journal The Independent, Musa Saidykhan, soutient avoir été torturé par la NIA en 2006. De surcroît, le meurtre en 2004 de Deydra Hydara, ancien éditeur du journal The Point, qui aurait été tué par des agents du gouvernement, n’a jamais été résolu. Depuis 1994, au moins 27 journalistes ont quitté la Gambie de crainte pour leur vie.

Le Président Yahya Jammeh a aussi expulsé le représentant d’Unicef, menacé de tuer des défenseurs des droits humains, décrété qu’il coupera la tête de tous les homosexuels en Gambie, et annoncé qu’il va commencer a exécuter les condamnés à mort, pour contrer la hausse de la criminalité.

La chasse aux sorcières

En mars 2009, le gouvernement a mené une chasse aux sorcières ou approximativement 1,000 personnes furent kidnappés de leurs villages et amenés dans des centres de détention secrets par des « chasseurs de sorcières. » Amnesty International a découvert qu’après avoir été kidnappés, les détenus furent contraints à avaler des concoctions hallucinogènes et de l’eau sale, et torturés afin qu’ils avouent leur sorcellerie. Les liquides qu’ils ont du boire semblent avoir conduit à des problèmes rénaux. Au moins six personnes seraient mortes d’insuffisance rénale. Un leader de l’opposition bien connu, Halifa Sallah, a critiqué la chasse aux sorcières du gouvernement dans le principal journal de l’opposition en Gambie. Suite à cela, Sallah fut détenu, accusé de trahison, et incarcéré dans la Prison Centrale Mile 2. Suite à une forte pression extérieure, toutes les accusations furent levées et il fut relâché.

Migrants menacés

Les migrants et les étrangers sont aussi susceptibles d’être arrêtés, torturés, et maltraités par les forces de sécurité. En juillet 2005 un groupe de 50 étrangers, dont 44 ghanéens, aurait été tué par des forces de sécurité gambiennes. Un rapport conjoint de la CEDEAO et de l’ONU a déterminé que des membres des forces de sécurité agissant pour leur compte étaient responsables. Jusqu’à présent, le gouvernement gambien n’a entamé aucune démarche pour traduire en justice les responsables.

La peine de mort

La peine de mort est l’ultime violation des droits humains. Cela porte entrave au droit à la vie et au droit à ne pas être soumis à la torture ou aux traitements cruels, inhumains ou dégradants. La Gambie a explicitement reconnu ses obligations envers ces droits dans les traités internationaux et régionaux qu’elle a ratifiés, comme le Pacte International sur les Droits Civils et Politiques, la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples et la Convention Contre la Torture.

Action

Les organisations de la société civile soussignées s’associent pour faire appel à la Gambie :

• Arrêter les violations des droits humains et se conformer aux obligations de la Charte Africaine ayant trait à la liberté, la torture, les procès équitables, les libertés d’expression et d’association ;

• Prendre des mesures immédiates pour améliorer la situation des droits humains en Gambie ;

• Mettre fin a la détention au secret et aux disparitions forcées, et s’assurer que le personnel de sécurité qui se livre à ces pratiques soit traduit en justice sur la base de procès équitables ;

• Enquêter sur toute allégation de torture et d’exécution extrajudiciaire ;

• Accorder l’accès à tous les prisonniers ;

• Mettre fin au harcèlement et à l’intimidation des media indépendantes ;

• Mettre fin aux procès politiquement motivés des personnes qui exercent pacifiquement leur liberté d’expression, d’association et de réunion ;

• Etablir une commission d’enquête indépendante et internationale pour enquêter sur le sort des victimes de disparitions forcées, et s’assurer que tous les responsables des violations de droits humains soient traduits en justice sur la base de procès équitables ;

• Etablir une commission d’enquete independente et internationale pour enqueter sur l’empoisonnement et le meurtre des individus soupçonnes de sorcellerie, et s’assurer que tous les responsables des violations de droits humains soient traduits en justice sur la base de procès équitables ;

• Etablir une commission independente des droits humains avec des ressources adéquates ;

• Reconnaitre publiquement l’importance du travail entrepris par les défenseurs des droits humains ;

• Assurer la primauté du droit et se conformer aux décisions judiciaires, y compris les decisions rendues par la Cour de justice de la CEDEAO ;

• Etablir immédiatement un moratoire sur les exécutions en vue d’abolir la peine de mort, conformément à la résolution 62/149 de l’Assemblée Générale de l’ONU, adoptée le 18 décembre 2007, et à la résolution 63/168 adoptee le 18 decembre 2008 ;

• Communier sans délai toute condamnation à mort en peine de prison ;

• Garantir le respect des normes internationales relatives aux procès équitables, entre autres dans tous les cas impliquant la peine de mort.

FIN/

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