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Azerbaïdjan : Une juridiction européenne rend justice à une journaliste

10 janvier 2019

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L’arrêt rendu le 10 janvier par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) en faveur d’une journaliste azerbaïdjanaise qui a subi un chantage à la « sextape » après avoir enquêté sur la corruption au sein du gouvernement met en évidence la répression persistante de la liberté d’expression en Azerbaïdjan, a déclaré Amnesty International.

La CEDH a estimé que les autorités de l’Azerbaïdjan n’avaient pas enquêté en bonne et due forme sur une « sextape » de Khadija Ismayilova filmée à son insu en 2012, ni sur les menaces de diffusion publique qui avaient suivi. Voir aussi : Azerbaïdjan : La condamnation d’un journaliste dévoile l’appareil répressif fondé sur la peur

« Près de sept ans après le début d’une infâme campagne de dénigrement lancée à son encontre, Khadija Ismayilova obtient enfin une once de justice, a déclaré Levan Asatiani, responsable de campagne pour l’Europe et l’Asie centrale à Amnesty International.

« Khadija figure parmi les nombreux journalistes et militants pris pour cible dans le cadre de la répression implacable du gouvernement azerbaïdjanais contre la dissidence. Ce jugement, qui confirme que les droits de Khadija au respect de la vie privée et à la liberté d’expression ont été bafoués, signifie clairement que la répression exercée par l’Azerbaïdjan à l’encontre des défenseurs des droits humains ne sera pas tolérée. »

Journaliste à Radio Free Europe, Khadija Ismayilova enquêtait sur des informations faisant état de liens entre la famille du président Ilham Aliyev et un lucratif projet immobilier dans la capitale de l’Azerbaïdjan, Bakou, lorsqu’elle a reçu, le 7 mars 2012, un courrier contenant des photos intimes d’elle. Des personnes non identifiées s’étaient vraisemblablement introduites chez elle et avaient placé des caméras cachées dans sa chambre. La lettre accompagnant les photos menaçait de la « couvrir de honte » si elle n’abandonnait pas ses activités journalistiques, mais elle a refusé d’être réduite au silence et a dénoncé publiquement cette tentative de chantage. Des enregistrements vidéo montrant Khadija Ismayilova dans son intimité ont été diffusés sur Internet peu après.

Khadija Ismayilova enquêtait sur des informations faisant état de liens entre la famille du président Ilham Aliyev et un lucratif projet immobilier dans la capitale de l’Azerbaïdjan, Bakou, lorsqu’elle a reçu, le 7 mars 2012, un courrier contenant des photos intimes d’elle.

Khadija Ismayilova a découvert plusieurs caméras dissimulées dans son appartement, ainsi qu’une seconde ligne téléphonique récemment installée et des branchements servant à transmettre les enregistrements des caméras. Les autorités ont ouvert une enquête pénale sur les menaces et les enregistrements vidéo réalisés à son insu, mais celle-ci n’a abouti à aucun résultat concret.

« L’arrêt rendu aujourd’hui révèle au grand jour les défaillances de la soi-disant enquête officielle sur la campagne de dénigrement visant Khadija Ismayilova. Le gouvernement doit rouvrir cette enquête et s’assurer que les responsables présumés des agissements contre Khadija Ismayilova soient identifiés et traduits en justice », a déclaré Levan Asatiani.

Khadija Ismayilova a saisi la CEDH en 2014. Selon elle, soit les autorités azerbaïdjanaises étaient directement à l’origine de la « sextape », soit elles avaient manqué à leur obligation de protéger ses droits au respect de la vie privée et à la liberté d’expression en enquêtant efficacement sur cette affaire.

Dans son arrêt du 10 janvier, la CEDH a souligné que les autorités de l’Azerbaïdjan ont créé un climat « susceptible de produire un effet délétère sur la liberté d’expression ». Elle a estimé que la menace d’humiliation publique et l’intrusion dans la vie privée de Khadija Ismayilova étaient liées à son travail de journaliste ou du moins auraient dû être traitées comme telles dans l’enquête.

Dans cette situation, a conclu la CEDH, l’Azerbaïdjan n’a pas respecté son obligation, conformément à l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme, de protéger la liberté d’expression des journalistes. Le pays a également manqué à son obligation de protéger les personnes contre l’intrusion dans la vie privée, prévue par l’article 8 de ce même traité.

Dans son arrêt du 10 janvier, la CEDH a souligné que les autorités de l’Azerbaïdjan ont créé un climat « susceptible de produire un effet délétère sur la liberté d’expression »

Khadija Ismayilova a été harcelée à maintes reprises par les autorités azerbaïdjanaises. Amnesty International l’a reconnue comme prisonnière d’opinion et s’est mobilisée en faveur de sa libération lorsqu’elle a été arrêtée et détenue en 2014 puis condamnée en 2015 pour des accusations fallacieuses de détournement de fonds, d’entreprise illégale, d’évasion fiscale et d’abus de pouvoir.

À la suite des pressions internationales, Khadija Ismayilova a été libérée sous conditions en 2016 et soumise à une interdiction de voyager. En 2015, Khadija Ismayilova a de nouveau saisi la CEDH au sujet des poursuites pénales engagées à son encontre.

Elle avait alors déclaré à Amnesty International : « Ils pensaient que ça me détruirait, mais leurs manœuvres se retournent contre eux. Maintenant le monde entier va savoir comment les journalistes indépendants sont traités en Azerbaïdjan. »

Voir en ligne : https://www.amnesty.be/infos/actual...

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