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Togo : les forces de sécurité doivent faire preuve de retenue quant aux nouvelles manifestations annoncées

18 octobre 2017

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· Huit morts dont quatre par balles depuis la mi-août

· Deux militaires et deux civils tués par balle à Sokodé lundi et mardi

· Des activistes africains pro-démocratie empêchés pendant cinq jours de quitter le pays

Les forces de sécurité togolaises doivent s’abstenir de recourir à la force lors des manifestations pacifiques. Depuis la mi-août, huit personnes sont mortes dont quatre par balles dans le contexte de manifestations de masse appelant à des réformes constitutionnelles, dont la limitation du nombre de mandats présidentiels. Alors que les autorités ont interdit toute marche pendant les jours ouvrés, une manifestation de l’opposition est prévue aujourd’hui devant le Parlement, et une autre demain devant le siège de la Communauté économique des états de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

« La situation des droits humains au Togo se détériore à un rythme inquiétant. L’approche répressive et liberticide des autorités et l’impunité dont jouissent les forces de sécurité sont susceptibles d’attiser les tensions politiques et d’accélérer la radicalisation de certains manifestants, » a déclaré François Patuel, chercheur sur l’Afrique de l’Ouest à Amnesty International. Voir aussi : Togo : Violences des forces de sécurité envers des manifestants

« A ce moment critique de la vie du pays, chacun doit faire preuve de responsabilité afin de mettre un terme au cycle de la violence. Les manifestants doivent pouvoir réclamer leurs droits de manière pacifique, et les autorités ont la responsabilité de respecter et de protéger les droits humains, dont les droits à la vie, à la liberté d’expression, à la liberté de réunion pacifique et à la justice. »

L’imam Djobo Mohamed Alassani, représentant local du Parti national panafricain (PNP, opposition) a été arrêté lundi à Sokodé, une ville du nord. Ce qui a provoqué des heurts entre manifestants et forces de sécurité, occasionnant la mort de deux militaires et de deux civils, et au moins une vingtaine de blessés, selon plusieurs sources, y compris des sources médicales. Dans un communiqué publié hier matin, le gouvernement a confirmé l’arrestation de Djobo Mohamed Alassani qui « a eu lieu suite à des incitations et des appels répétitifs à la violence, au meurtre et à la sédition de la part de cet imam. » Selon le gouvernement, « des bandes organisées et structurées se sont livrées à des actes de violence inouïe, de pillage, de vandalisme et de destruction de biens publics et privés à Sokodé, Bafilo et dans certains quartiers de Lomé. » Ces actes sont présentés comme des « actes à visée terroriste ». « A Sokodé, deux militaires en faction au domicile d’une personnalité ont été lynchés et exécutés et leurs armes et munitions ont été emportées, » a ajouté le communiqué.

A Sokodé et Lomé, des manifestants ont réagi à l’arrestation du leader local du PNP en érigeant des barricades sur plusieurs routes. Des véhicules de police et des bâtiments ont été incendiés. Le siège du PNP à Lomé a également été incendié. Selon des témoins oculaires interrogés par Amnesty International, des personnes non identifiées à bord de cinq véhicules pick-up non immatriculés sont venues défoncer le portail principal. N’ayant pu s’introduire dans les locaux, elles ont déversé de l’essence et mis le feu. Les témoins ont aussi rapporté à l’organisation que ces personnes ont ensuite pu défoncer une porte, frappé des riverains et lancé des grenades lacrymogènes dans le siège et les maisons voisines.

« Les autorités doivent diligenter des enquêtes impartiales et indépendantes afin d’établir la vérité sur les exactions commises lors des manifestations par des manifestants ou des forces de sécurité. Les personnes présumées responsables doivent être présentées devant les tribunaux civils, dans le cadre de procès équitables, » a déclaré François Patuel.

Amnesty International avait déjà exprimé ses inquiétudes quant à l’accentuation des restrictions aux libertés fondamentales depuis le mois d’août au Togo, notamment avec la coupure d’Internet qui a duré neuf jours en septembre et qui a gêné le travail des journalistes et des défenseurs des droits humains déployés sur le terrain afin d’observer les manifestations.

Quatre activistes africains du Mouvement pro-démocratie « Africans Rising » en mission dans le pays ont été interpellés dans la nuit du 12 au 13 octobre et interrogés pendant plusieurs heures dans les locaux de la police judiciaire sur la nature de leurs activités au Togo, sans qu’aucune charge ne soit retenue contre eux et sans la présence d’un avocat. Leurs chambres d’hôtel ont été perquisitionnées, leur matériel informatique, leurs listes de présence et passeports ont été confisqués par la police sans qu’un mandat ne leur soit présenté. La police leur a demandé de révéler le mot de passe de leur matériel informatique et de signer des procès-verbaux.

Malgré leurs demandes, les activistes n’étaient pas présents lors des fouilles de leur matériel informatique et de leurs téléphones. Ils ont été libérés le matin du 13 octobre mais empêchés de quitter le territoire jusqu’à hier 17 octobre jour où leur matériel et passeport ont été restitués.

« Cette interpellation et ces perquisitions se sont faites hors de tout cadre juridique et relèvent de l’arbitraire. Elles constituent une forme inacceptable de représailles à l’encontre de militants pro-démocratie, » a déclaré François Patuel.

« Les autorités doivent garantir que les activistes puissent faire leur travail sans subir aucune pression ou intimidation. »

Voir en ligne : https://www.amnesty.be/infos/actual...

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