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Egypte : Crise en matière de droits humains

14 août 2017

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Quatre ans après la dispersion violente de deux sit-ins par les forces de sécurité sur les places Rabaa al Adawiya et al Nahda dans le Grand Caire, qui a causé la mort d’au moins 900 personnes et en a blessé plus d’un millier, l’Égypte vit une crise sans précédent en matière de droits humains, a déclaré Amnesty International.

Pas une seule personne n’a été amenée à rendre des comptes pour les événements du 14 août 2013, plus connus sous le nom de massacre de Rabaa.

Au lieu de cela, des centaines de personnes ayant assisté à la manifestation, dont des journalistes et des photographes qui couvraient l’événement, ont été arrêtées et vont être soumises à un procès collectif inique. Cette absence de justice a laissé les coudées franches aux forces de sécurité pour commettre de graves violations des droits humains, notamment le recours à une force excessive et meurtrière et la pratique de disparitions forcées, en toute impunité.

« Le régime du président Abdel Fattah al Sissi est déterminé à effacer tout souvenir du massacre de l’été 2013. Le fait que personne n’ait été traduit en justice laisse un sombre héritage : les forces de sécurité égyptiennes considèrent désormais qu’elles n’auront pas de comptes à rendre si elles commettent des violations des droits humains  », a déclaré Najia Bounaim, directrice des campagnes pour l’Afrique du Nord à Amnesty International.

« La dispersion du sit-in de Rabaa marque un tournant important pour les droits humains en Égypte. Dans les années qui ont suivi, les forces de sécurité ont intensifié leurs violations et ont varié leurs méthodes, pratiquant des disparitions forcées et des exécutions extrajudiciaires à une échelle jamais vue auparavant. »

Depuis 2015, on estime qu’au moins 1 700 personnes ont été victimes de disparition par des agents de l’État, sur des durées allant de quelques jours jusqu’à sept mois. La plupart des victimes ont été enlevées dans la rue ou à leur domicile et détenues au secret pendant des mois, sans aucun contact avec leur famille ou avec des avocats. Les forces de sécurité égyptiennes ont également procédé à dizaines d’exécutions extrajudiciaires.

Les efforts déployés par le gouvernement égyptien pour effacer tout souvenir des massacres de 2013 semblent avoir porté leurs fruits. En août 2013, à la suite du recours à une force meurtrière excessive par les forces de sécurité à Rabaa, le Conseil des affaires étrangères de l’UE a décidé de suspendre les licences d’exportation afférentes à tous les équipements susceptibles d’être utilisés à des fins de répression en Égypte. Malgré cette décision, de nombreux États membres ont continué à fournir le pays en armes et en équipement de maintien de l’ordre. Le dernier rapport de l’UE sur le pays, publié en juillet 2017, ne mentionne à aucun moment le massacre de Rabaa, ni l’impunité dont bénéficient toujours les services de sécurité.

Des procès manifestement iniques

Depuis le massacre de Rabaa, les autorités égyptiennes ont mené une répression implacable contre les dissidents politiques, arrêtant des milliers d’entre eux, et en condamnant des centaines à la prison à perpétuité ou à mort, à l’issue de procès manifestement iniques.

Dans de nombreux cas, les prévenus ont été condamnés lors de procès collectifs sur la base d’éléments de preuve insuffisants ou douteux. La plupart d’entre eux étaient inculpés notamment d’avoir participé à des manifestations non-autorisées, d’appartenance à la confrérie interdite des Frères musulmans, d’avoir endommagé des biens privés ou publics, de possession d’armes à feu et d’avoir attaqué les forces de sécurité.

Le ministère public, qui a l’obligation d’amener les responsables présumés de la tragédie de 2013 devant la justice, s’est montré réticent à enquêter et à traduire en justice les responsables présumés. Au lieu d’apporter justice et réparations aux victimes, il a permis aux auteurs de ces crimes d’échapper à la justice.

«  Le contraste entre l’impunité généralisée dont bénéficient les forces de sécurité qui ont participé à la dispersion du sit-in de Rabaa d’un côté, et la persécution collective des sympathisants des Frères musulmans qui ont participé à des manifestations ainsi que des journalistes qui couvraient l’événement ce jour-là, est tout simplement choquant » a déclaré Najia Bounaim.

D’après les statistiques officielles, six agents de sécurité ont été tués durant la dispersion du sit-in de Rabaa et trois lors de la manifestation à al Fateh deux jours plus tard, dans la ville du Caire également. Au moins 1 231 personnes sont poursuivies dans le cadre de deux procès collectifs. Elles sont inculpées collectivement de l’homicide de ces agents de sécurité.

Au moins 737 personnes ont été inculpées de participation au sit-in de 2013, un cas connu sous le nom de l’« affaire de la dispersion du sit-in de Rabaa ». Parmi ces personnes, se trouve le journaliste Mahmoud Abu Zeid, connu sous le nom de « Shawkan », qui a été arrêté pour avoir pris des photos durant le sit-in de Rabaa.

Nombre de ceux qui sont détenus sont incarcérés dans des conditions déplorables, avec notamment un recours à la détention à l’isolement prolongée qui s’apparente à de la torture. Bien souvent, ils sont battus et ils sont privés d’accès à un avocat, de soins médicaux ou de visites familiales.

Dans une autre affaire emblématique, connue sous le nom d’« affaire de la mosquée Fateh », au moins 494 personnes font l’objet d’un procès collectif pour avoir participé à une manifestation le 16 août 2013, tandis qu’aucune enquête n’a été menée sur le recours à une force meurtrière excessive par les forces de sécurité ce jour-là, qui a provoqué la mort de 120 manifestants.

L’une des personnes poursuivies est le ressortissant irlando-égyptien Ibrahim Halawa. Le groupe est inculpé notamment d’avoir participé à une manifestation non-autorisée, d’appartenance à un groupe interdit, de meurtre et d’avoir attaqué les forces de sécurité. Le ministère public n’a pas ouvert d’enquête sur les allégations des prévenus affirmant qu’ils auraient été torturés par la police pour leur faire « avouer » des crimes qu’ils n’ont pas commis.

L’affaire de la « salle des opérations de Rabaa », qui implique quatre journalistes du réseau d’informations RASSD - Youssef Talaat, Abdallah Al Fakharany, Samhi Mostafa et Mohamed El Adly - est une autre affaire qui illustre parfaitement l’injustice flagrante caractéristique de ces procès.

Les journalistes ont été condamnés à cinq ans de prison le 8 mai 2017 après avoir été déclarés coupables d’avoir créé et géré des comités média au sit-in de Rabaa afin de diffuser « de fausses nouvelles et informations ». Au cours de leur procès, leurs avocats n’ont pas pu assister à plusieurs audiences importantes, ce qui les a empêchés de préparer une défense digne de ce nom.

En outre, la décision du tribunal a reposé essentiellement sur les enquêtes menées par l’Agence de sécurité nationale, qui ne s’appuyaient sur aucun élément matériel.

Voir en ligne : https://www.amnesty.be/infos/actual...

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