Categories

Accueil > Actualité > Communiqués de presse internationaux > Yémen : la guerre oubliée

Yémen : la guerre oubliée

24 mars 2017

<https://www.amnesty.be/local/cache-...>

Un conflit de plus en plus étendu

Le 25 mars 2015, une coalition internationale menée par l’Arabie saoudite lançait des frappes aériennes contre le groupe armé des Houthis au Yémen, déclenchant un conflit armé de grande ampleur.

Au cours des deux années qui ont suivi, le conflit s’est étendu et les combats ont touché la totalité du pays. Des atteintes aux droits humains et des crimes de guerre sont perpétrés dans tout le pays, causant des souffrances insupportables à la population civile.

En plus des frappes aériennes incessantes des forces de la coalition, les différents groupes rivaux s’affrontent au sol. D’un côté se trouvent les Houthis, un groupe armé dont les membres appartiennent à une branche de l’islam chiite connue sous le nom de zaïdisme. Les Houthis sont alliés aux partisans de l’ancien président du Yémen, Ali Abdullah Saleh. Face à eux, les forces anti-Houthis, alliées à l’actuel président, Abd Rabbu Mansour Hadi, et à la coalition menée par l’Arabie saoudite.

Les civils sont piégés entre les deux camps. Plus de 12 000 d’entre eux ont été tués ou blessés, et la crise humanitaire ne cesse de s’aggraver.

Depuis deux ans, une grande partie du monde ignore ce conflit et ne reçoit que peu d’informations sur ses conséquences dévastatrices.

Lire notre billet de blog « L’horreur au Yémen révèle l’hypocrisie meurtrière des exportateurs d’armes »

"C’ÉTAIT COMME LE JUGEMENT DERNIER. IL Y AVAIT DES CADAVRES ET DES TÊTES DISPERSÉS PARTOUT, MANGÉS PAR LES FLAMMES ET ENFOUIS SOUS LES CENDRES." Amal Sabri, touché par une frappe aérienne le 24 juillet

Le lourd tribut payé par les civil-e-s

Les civils sont les premiers touchés par la violence du conflit au Yémen. Non seulement celui-ci a fait des milliers de morts et de blessés parmi eux, mais il a aussi aggravé la crise humanitaire qui était déjà profonde, après des années de pauvreté et de mauvaise gestion par l’État, entraînant une grande souffrance de la population.

Environ 18,8 millions de Yéménites survivent actuellement grâce à l’aide humanitaire. Afin d’empêcher les forces des Houthis de se ravitailler, la coalition a mis en place un blocus aérien et maritime partiel. Cela restreint fortement l’approvisionnement en carburant et en autres produits de base, réduisant l’accès à la nourriture, à l’eau, à l’aide humanitaire et aux fournitures médicales, faisant grimper le prix de la nourriture et créant une situation extrêmement difficile pour des millions de personnes. Les dégâts infligés par les frappes aériennes à des infrastructures logistiques cruciales telles que des ponts, des aéroports et des ports maritimes entravent par ailleurs fortement l’acheminement d’équipements humanitaires indispensables.

<https://www.amnesty.be/local/cache-...> Yémen

"Mon fils était né depuis 14 heures quand il est mort [...] les médecins nous ont dit qu’il avait besoin de soins intensifs et d’oxygène. Nous l’avons amené à tous les hôpitaux ouverts, mais il est mort. J’aurais aimé l’emmener hors de la ville, mais on ne pouvait pas sortir." Mohamed, père d’un nouveau-né qui est mort en raison des pénuries d’oxygène à Taizz en décembre 2015

<https://www.amnesty.be/local/cache-...> © Amnesty International

Le groupe armé houthi et les forces qui lui sont alliées ont par ailleurs mis en danger la vie de milliers de civil-e-s à Taizz , ville située dans le sud du Yémen, en limitant l’acheminement de fournitures médicales essentielles et de denrées alimentaires. Les travailleurs humanitaires accusent aussi de restreindre de manière excessive les déplacements de biens et de personnel, et de contraindre certaines de leurs programmes d’aide à fermer.

<https://www.amnesty.be/local/cache-...>

LE COÛT HUMAIN DU CONFLIT

4 600

civil-e-s tués pendant le conflit, 8 000 civil-e-s blessés

3 millions

de personnes forcées de quitter leurs maisons

2 millions

d’enfants en dehors de l’école

18,8 millions

ont besoin d’assistance humanitaire, notamment de la nourriture, de l’eau, un logement, du carburant et un système sanitaire

Qui combat qui ?

D’un côté le groupe armé houthi - souvent désigné comme les « Comités populaires » - qui est soutenu par certaines unités de l’armée et des groupes armés fidèles à l’ancien président Ali Abdullah Saleh.

Dans le camp opposé, la coalition militaire menée par l’Arabie saoudite et soutenue par le président Abd Rabbu Mansour Hadi, qui a lancé des attaques aériennes et mené des opérations au sol au Yémen. Cette coalition regroupe les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Koweït, le Qatar, la Jordanie et le Soudan. Les États-Unis et le Royaume-Uni ont fourni des renseignements et un soutien logistique clés à la coalition.

"La force de l’explosion a fait voler ma soeur et ma mère à cinq mètres, les tuant sur le coup. Le corps de Hani n’a été dégagé qu’après douze heures. Mon père Faisal a été l’unique survivant." Leila Hayal a perdu sa mère et quatre frères et soeurs lorsqu’une coalition aérienne a détruit leur maison à Taizz, durant la nuit du 16 juin 2015

La coalition est alliée à des groupes armés anti-houthis opérant au sol au Yémen, souvent appelés « Comités de résistance populaire ». Elle est en outre soutenue par des unités des forces armées fidèles au président Abd Rabbu Mansour Hadi et par plusieurs autres groupes.

<https://www.amnesty.be/local/cache-...> <https://www.amnesty.be/local/cache-...>

Interpellez notre gouvernement pour que justice soit rendue aux Yéménites

SIGNEZ EN LIGNE

http://info.amnesty.be/petition_17508_20242_la-guerre-oubliee-du-yemen.html?petitionOptin=yes

Des atteintes aux droits humains de part et d’autre

Amnesty International a rassemblé des éléments révélant que toutes les parties au conflit ont perpétré de sérieuses atteintes aux droits humains et ont bafoué le droit international humanitaire, y compris des crimes de guerre.

Amnesty International a recensé 34 frappes aériennes dans six gouvernorats différents (Sanaa, Sada, Hajjah, Hodeida, Taizz et Lahj) imputables à la coalition dirigée par l’Arabie saoudite. Ces frappes ont semble-t-il bafoué le droit international humanitaire - c’est-à-dire les règles qui s’appliquent pendant un conflit, aussi connues sous le nom de « lois de la guerre » -, faisant 494 morts (dont au moins 148 enfants) et 359 blessés parmi la population civile. Celles-ci ont inclus des attaques ayant semble-t-il délibérément visé des civil-e-s et des objets civils tels que des hôpitaux, des écoles, des marchés et des mosquées, et peuvent constituer des crimes de guerre.

"Il y a eu un moment de silence, et j’en ai profité pour secourir ma famille. C’est à ce moment-là que la troisième bombe a atterrit. L’électricité s’est coupée, j’ai essayé d’aller à l’intérieur de la maison, pour chercher une torche et ma famille. Je criais à la recherche de mes filles, je pouvais en entendre d’autres crier pour chercher leurs familles. Mais tout ce que j’ai vu, c’est le corps de ma femme et de mes filles ensanglantés." Qaed, 55 ans, a perdu la plupart de sa famille dans une frappe aérienne ... à Mokha, le 24 juillet 2015

<https://www.amnesty.be/local/cache-...> <https://www.amnesty.be/local/cache-...>

La coalition dirigée par l’Arabie saoudite a elle aussi employé des bombes à sous-munitions, des armes meurtrières interdites par le droit international. Lors de leur propulsion, les bombes à sous-munitions libèrent des dizaines - parfois des centaines - de « petites bombes » qui, souvent, n’explosent pas immédiatement et peuvent causer de terribles blessures longtemps après l’attaque initiale. Amnesty International a recensé l’utilisation par la coalition d’au moins quatre types différents d’armes à sous-munitions, notamment des modèles de fabrication américaine, britannique et brésilienne.

"Je me tenais debout dans la cuisine lorsque j’ai entendu l’explosion. Tout d’un coup, j’ai ressenti quelque chose dans mon cou... Je suis maintenant quadriplégique, paralysé à partir du cou jusqu’aux pieds. Cette nuit, un shrapnel est entré par mon cou et est ressorti à ma septième vertèbre. Nous venions tout juste d’emménager dans notre maison, on pensait être en sécurité. Qui prendra soin de ma famille maintenant ?" Anhar Najeeb, une mère de 55 ans de deux enfants, a été sévèrement blessée lorsque des roquettes ont été tirées sur la zone largement peuplée de Aden, le 1er juillet 2015

Amnesty International a en outre enquêté sur 30 attaques au sol - menées par les forces pro et anti-Houthis - dans les villes d’Aden et Taizz, n’ayant fait aucune distinction entre combattants et civil-e-s, et ayant coûté la vie à au moins 68 civil-e-s, des femmes et des enfants pour la plupart. Des combattants des deux camps ont également utilisé des armes imprécises, tels que des systèmes d’artillerie, des mortiers ou des roquettes Grad, contre des zones civiles densément peuplées et opèrent au milieu de quartiers résidentiels, lançant des attaques depuis des logements, des écoles et des hôpitaux ou à proximité. Toutes ces attaques vont à l’encontre du droit international humanitaire et peuvent constituer des crimes de guerre.

Le groupe armé Houthi, soutenu par les forces de sécurité de l’État, a mené une vague d’arrestations visant les opposants, notamment des défenseurs des droits humains, des journalistes et des académiciens, les faisant taire l’arme au poing ou en les faisant disparaître le tout obéissant à un programme effrayant d’anéantissement de toute dissidence.

Les forces anti-Houtis alliées au Président yéménite Hadi et à la coalition ont aussi mené des campagnes d’intimidation et de harcèlement contre du personnel hospitalier, allant jusqu’à mettre en danger les civils en positionnant des soldats et des infrastructures militaires près d’hôpitaux.

<https://www.amnesty.be/local/cache-...> <https://www.amnesty.be/local/cache-...>

Pour aller plus loins sur le Yemen, retrouvez tous nos articles et rapports

Plus d’info sur le Yemen

https://www.amnesty.be/je-veux-m-informer/actualites/?id_mot%5B%5D=143&id_mot%5B%5D=&id_mot%5B%5D=&encours=1

Voir en ligne : https://www.amnesty.be/je-veux-m-in...

Partager