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Vague de flagellations, d’amputations et d’autres châtiments cruels

18 janvier 2017

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Le recours persistant en Iran, au cours de l’année écoulée, à des châtiments cruels et inhumains – notamment des peines de flagellation, d’amputation et d’aveuglement –, illustre la conception extrêmement brutale de la justice qu’ont les autorités de ce pays, a déclaré Amnesty International.

Chaque année, des centaines de personnes sont généralement flagellées en Iran, parfois en public. Dans le dernier cas de flagellation recensé par Amnesty International, un journaliste a reçu 40 coups de fouet le 5 janvier à Najafabad, dans la province d’Ispahan. Un tribunal l’avait déclaré coupable d’avoir communiqué des informations inexactes sur le nombre de motos saisies par la police dans cette ville.

« L’usage très fréquent que les autorités ont fait des châtiments corporels tout au long de l’année 2016, notamment des peines de flagellation, d’amputation et d’aveuglement, met en évidence le caractère inhumain d’un système judiciaire qui légalise la brutalité. Ces châtiments cruels et inhumains constituent une atteinte révoltante à la dignité humaine et sont contraires à l’interdiction absolue de la torture et des autres mauvais traitements », a déclaré Randa Habib, directrice régionale d’Amnesty International pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.

« La flagellation récemment infligée à un journaliste laisse à craindre que les autorités aient l’intention de poursuivre en 2017 la série de châtiments cruels dont nous avons été témoins l’année dernière. »

En vertu du droit iranien, plus de 100 « infractions » sont passibles de flagellation. Il s’agit d’un large éventail d’actes allant du vol simple à l’agression en passant par le vandalisme, la diffamation et la fraude, et par des actes qui ne devraient absolument pas constituer des infractions tels que l’adultère, les relations intimes entre hommes et femmes non mariés, l’« atteinte à la moralité publique » et les relations sexuelles librement consenties entre personnes du même sexe.

plus de 100 « infractions » sont passibles de flagellation

Parmi les personnes flagellées en Iran figurent de nombreux jeunes de moins de 35 ans qui ont été arrêtés pour des activités pacifiques, par exemple pour avoir mangé en public pendant le Ramadan, eu des relations en dehors du mariage et participé à des soirées mixtes. Ces activités sont protégées car elles relèvent des droits à la liberté de conviction, de religion, d’expression et d’association ; elles ne doivent donc jamais être érigées en infraction.

En tant qu’État partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), l’Iran est juridiquement tenu d’interdire la torture et les autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Pourtant, le droit iranien autorise toujours des châtiments corporels internationalement interdits, notamment l’amputation, la lapidation et la flagellation, et les justifie au nom de la protection de la morale religieuse.

En avril dernier, un homme et une femme non mariés, déclarés coupables de « relation illégitime », ont été condamnés à 100 coups de fouet chacun. Un mois plus tard, 35 jeunes femmes et hommes arrêtés dans la province de Qazvin pour avoir dansé, s’être côtoyés et avoir consommé de l’alcool pendant une fête ont été condamnés à 99 coups de fouet chacun. Les peines ont été exécutées immédiatement. En mai 2016, des peines de flagellation ont également été appliquées à un groupe de 17 mineurs qui avaient protesté contre leurs conditions de travail et leurs licenciements dans la province de l’Azerbaïdjan de l’ouest.

35 jeunes femmes et hommes arrêtés dans la province de Qazvin pour avoir dansé, s’être côtoyés et avoir consommé de l’alcool pendant une fête ont été condamnés à 99 coups de fouet chacun.

Des journalistes et des blogueurs ont aussi été condamnés à des peines de flagellation en raison de leur travail. En juillet, une cour d’appel a condamné le journaliste Mohammad Reza Fathi à 459 coups de fouet pour avoir « publié des mensonges » et « éveillé des craintes dans l’opinion publique » par ses écrits.

une cour d’appel a condamné le journaliste Mohammad Reza Fathi à 459 coups de fouet pour avoir « publié des mensonges » et « éveillé des craintes dans l’opinion publique » par ses écrits

La très populaire page Facebook iranienne « Azadihayeh Yavashaki » (My Stealthy Freedom, « Ma liberté furtive »), gérée par Masih Alinejad, journaliste et militante des droits des femmes, a publié des témoignages détaillés de plusieurs femmes qui ont subi des flagellations pour avoir consommé de l’alcool et participé à des fêtes mixtes au cours desquelles la police des mœurs iranienne a fait des descentes. La page comporte également des photos de femmes de dos, sur lesquelles les graves lésions provoquées par ces flagellations sont visibles.

Dans l’un des témoignages, une femme de 28 ans, qui a reçu 80 coups de fouet pour avoir participé à une fête d’anniversaire, qualifie le jour où elle a été flagellée de « pire jour de [sa] vie ». Elle explique qu’après son arrestation, on l’a prise en photo et on a relevé ses empreintes digitales, puis on l’a conduite dans une pièce exigüe, où elle a été fouettée de façon répétée par une femme d’âge moyen, alors qu’elle avait les pieds enchaînés et les mains attachées.

80 coups de fouet pour avoir participé à une fête d’anniversaire

« Sous l’impact du premier coup, j’ai sauté de ma [chaise] sans [pouvoir m’en empêcher]. J’étais tellement choquée que mes larmes ne coulaient même pas. Je voulais crier mais je n’arrivais même plus à contrôler ma voix. Elle a frappé fort à chaque fois, elle me demandait de me repentir pour que Dieu me pardonne », a-t-elle indiqué.

Une autre femme, flagellée pour avoir participé à une soirée mixte organisée pour célébrer ses récentes fiançailles dans la ville de Robat Karim, près de Téhéran, a relaté comment, moins d’une heure après le début de la fête, les forces de sécurité avaient pris d’assaut la villa où la soirée avait lieu, saisissant les bouteilles d’alcool. Elles ont posé des questions à plusieurs des invités et frappé violemment plusieurs d’entre eux, puis les ont emmenés à un poste de police, où ils ont été insultés et soumis à des interrogatoires. Après avoir passé trois nuits en prison, ils ont été condamnés à recevoir 74 coups de fouet chacun.

« Je ne me souviens pas de combien de coups j’ai reçus mais j’en étais au stade où, engourdie de douleur, je me contentais de gémir. Quand je suis enfin rentrée chez moi, j’avais le corps envahi d’une douleur terrible et la tête saturée des sentiments d’humiliation et de peur accumulés pendant tout ce calvaire », a-t-elle témoigné.

Au-delà des flagellations, Amnesty International a également recueilli des informations sur le cas d’un homme rendu aveugle des deux yeux à Téhéran en novembre 2016, à titre de « réparation » pour avoir privé de la vue une fillette de quatre ans lors d’une attaque à l’acide, en juin 2009. Plusieurs autres prisonniers risquent toujours qu’une peine d’aveuglement leur soit appliquée.

le cas d’un homme rendu aveugle des deux yeux à Téhéran en novembre 2016, à titre de « réparation »

Il est inquiétant que les médecins de l’Organisation iranienne de médecine légale fournissent à la Cour suprême des avis d’« experts », déterminant si une peine d’aveuglement est médicalement réalisable et comment elle peut être appliquée, ce qui constitue une grave atteinte à l’éthique médicale.

« Il est clairement du devoir des professionnels de la santé d’éviter toute participation à des actes de torture et à d’autres mauvais traitements. Au lieu de se rendre complices d’actes de torture en fournissant des évaluations médicales préalables à l’application des peines d’aveuglement, les médecins iraniens doivent refuser de prendre part à des agissements d’une cruauté aussi délibérée », a ajouté Randa Habib.

Amnesty International a également recensé au moins quatre amputations pour vol qualifié en Iran, y compris des « amputations croisées » de plusieurs doigts et orteils sur les côtés opposés du corps de la victime.

« Le fait d’amputer des personnes, de les priver de la vue et de les soumettre à des flagellations brutales ne saurait être considéré comme l’expression de la justice. Les autorités iraniennes doivent de toute urgence abolir toutes les formes de châtiment corporel et prendre des mesures pour mettre en conformité le système pénal du pays, profondément déficient, avec le droit international relatif aux droits humains », a conclu Randa Habib.

Voir en ligne : https://www.amnesty.be/je-veux-m-in...

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