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Trois hommes exécutés, dont un avocat

4 juillet 2016

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Après la disparition forcée des trois hommes, leurs cadavres ont été retrouvés dans une rivière

Les autorités kenyanes doivent enquêter sans attendre sur l’homicide de trois hommes, dont un avocat spécialisé dans la défense des droits humains, perpétré la semaine dernière, et veiller à ce que les responsables présumés soient traduits en justice dans le cadre de procès équitables, ont déclaré 34 organisations kenyanes et internationales de défense des droits humains. Des militants des droits humains organisent des manifestations à Nairobi et dans d’autres régions du Kenya le 4 juillet pour dénoncer ce crime odieux.

L’enlèvement, la disparition forcée et l’exécution extrajudiciaire de l’avocat Willie Kimani, de son client et de leur chauffeur de taxi, dont les cadavres ont été repêchés dans une rivière à 73 kilomètres au nord-est de Nairobi, devraient alerter quant à la situation des droits humains et l’état de droit au Kenya, d’autant que certaines informations font état de l’implication de policiers.

« Ces exécutions extrajudiciaires rappellent que le droit durement gagné d’obtenir justice pour des violations des droits humains est de nouveau mis à mal, a déclaré Muthoni Wanyeki, directrice régionale du bureau Afrique de l’Est, Corne de l’Afrique et Grands lacs à Amnesty International. L’Autorité indépendante de surveillance du maintien de l’ordre (IPOA) doit diligenter sans délai des investigations indépendantes, impartiales et efficaces sur l’enlèvement, la disparition forcée et l’exécution extrajudiciaire de ces trois hommes en vue d’inculper pénalement toutes les personnes raisonnablement soupçonnées d’être responsables. »

Les cadavres de Willie Kimani, employé à la Mission pour la justice internationale, association caritative chrétienne spécialisée dans l’aide juridique, de son client Josphat Mwendwa, chauffeur de moto-taxi, et de Joseph Muiruri, chauffeur de taxi, ont été retrouvés le 30 juin sur les rives de l’Ol Donyo Sabuk, dans le comté de Machakos, dans l’est du Kenya, une semaine après qu’ils avaient disparu dans des circonstances évoquant une disparition forcée. Selon les premières informations, ils ont pu être enlevés par des agents de la police administrative – Josphat Mwendwa se défendait d’ailleurs contre l’un d’entre eux au tribunal ce jour-là.

Tous trois ont été aperçus pour la dernière fois alors qu’ils quittaient le tribunal de Mavoko, dans le comté de Machakos, le 23 juin. Ils avaient assisté à une audience concernant une affaire de circulation intentée contre Josphat Mwendwa. Des policiers du camp de Syokimau ont en effet déposé un acte d’accusation contre Mwendwa en décembre 2015. Quelques mois auparavant, il avait porté plainte auprès de l’IPOA contre un haut responsable du camp qui lui avait tiré dessus en avril 2015 alors qu’il descendait de sa moto, les policiers lui ayant fait signe de s’arrêter. D’après les éléments dont disposent des organisations de défense des droits humains au Kenya, les trois hommes ont été brièvement détenus au camp de Syokimau peu après leur enlèvement. On ignore ce qui leur est arrivé ensuite, jusqu’à ce que leurs corps sans vie soient repêchés sept jours plus tard.

« Que ces meurtres surviennent alors que de nombreuses accusations similaires dans d’autres régions du pays n’ont toujours pas fait l’objet d’enquêtes adéquates met en doute la volonté des autorités d’enrayer les cas d’homicides imputables à la police, a déclaré Henry Maina, directeur régional pour l’Afrique de l’Est à Article 19. Le président Kenyatta doit prendre des mesures décisives pour faire savoir aux Kenyans et à la communauté internationale que le gouvernement va endiguer ces crimes. »

Les services kenyans chargés des enquêtes, notamment l’IPOA et la police, doivent veiller à ce que toutes les personnes liées à ces meurtres fassent l’objet d’investigations et à ce que toutes les preuves disponibles soient dûment préservées afin de garantir la crédibilité de l’enquête.

« Il faut enquêter dans la transparence et poursuivre les responsables présumés, en vue de rassurer les Kenyans sous le choc quant à leur sécurité et de rétablir la confiance dans la police nationale, a déclaré Kamau Ngugi, coordinateur national de la Coalition nationale des défenseurs des droits humains du Kenya. Qu’un avocat travaillant pour une organisation internationale et son client puissent être kidnappés et disparaître en plein jour pour être retrouvés morts est une situation que l’on ne saurait prendre à la légère.  »

Toutefois, il est encourageant de noter que le 1er juillet, tôt dans la matinée, avant que la nouvelle de leur découverte n’ait été rendue publique, l’inspecteur général de la police Joseph Boinett a ordonné l’arrestation de trois agents de la Police administrative rattachés au camp de Syokimau et enjoint que tous leurs collègues soient interrogés sur ces disparitions.

Le 2 juillet, l’inspecteur général a annoncé que trois policiers – Frederick Leliman, Stephen Chebulet et Sylvia Wanjiku – avaient été arrêtés en lien avec ces meurtres.

« L’inspecteur général doit préciser si le policier accusé d’avoir tiré sur Mwendwa en avril 2015 compte parmi les policiers arrêtés, a déclaré Otsieno Namwaya, chercheur sur l’Afrique pour Human Rights Watch. On ne peut pas fermer les yeux face aux nombreux cas d’homicides imputables à des policiers dans diverses régions du pays, chaque année. Le gouvernement doit mener une enquête approfondie afin de traduire en justice les auteurs présumés et de mettre fin à ces homicides. »

Loin d’être uniquement du ressort de la police et de l’IPOA, ces crimes doivent être pris au sérieux à tous les niveaux de la direction du pays, y compris au niveau de l’Assemblée nationale et du chef de l’État.

« Le président Uhuru Kenyatta doit se préoccuper du meurtre de sang froid de ces trois jeunes Kenyans, a déclaré George Kegoro, directeur exécutif de la Commission kenyane des droits humains (KHRC). Le chef de l’État doit instituer sur-le-champ une commission judiciaire chargée d’enquêter sur l’appropriation et l’usage abusif de la police et de ses ressources à des fins personnelles et criminelles, notamment, dans le cas présent, à des fins d’homicides extrajudiciaires. »

Les partenaires internationaux du Kenya – en particulier la Suède, le Royaume-Uni et les États-Unis – qui apportent un soutien financier à des unités de police impliquées dans des homicides extrajudiciaires, doivent demander aux autorités de mener des investigations efficaces sur ces homicides et d’engager des poursuites contre les responsables présumés. En soutenant les services de sécurité kenyans sans insister sur l’obligation de rendre des comptes en cas de violations des droits humains, les pays donateurs se rendent complices de ces agissements

Organisations signataires :

Commission nationale kenyane des droits humains

Commission kenyane des droits humains (KHRC)

Coalition nationale des défenseurs des droits humains (NCHRC)

Unité médicolégale indépendante (IMLU)

Amnesty International

Human Rights Watch

Freedom House

Article 19, Afrique de l’Est

Commonwealth Human Rights Initiative

Défendre les défenseurs

Commission internationale de juristes (Kenya)

InformAction

Chapter Four, Ouganda

Réseau panafricain des défenseurs des droits humains

Foundation for Human Rights Initiative, Ouganda

Centre de promotion et de protection des droits

Musulmans pour les droits humains (MUHURI)

Haki Africa

Coalition for Constitution Implementation

Les Kényans pour la paix avec la vérité et la justice

Centre pour les droits reproductifs

Bunge La Mwananchi

Coalition of Grassroots Human Rights Defenders

Kenyan Peasants League

Pan African Grassroots Women Liberation

Marche mondiale des Femmes - Kenya

Centre de Justice sociale de Mathare

Bunge La Mwananchi, Kangemi

Réseau Défenseurs des droits humains Kamukunji

Femmes debout

Dandora Must Change Social Movement

The Change Movement Kenya

Sauti Ya Umma, Kenya

Voir en ligne : http://www.amnesty.be/je-veux-m-inf...

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