Categories

Accueil > Actualité > Burkina Faso : Les attaques tous azimuts des membres du RSP ont causé la (...)

Burkina Faso : Les attaques tous azimuts des membres du RSP ont causé la mort de civils non armés.

14 octobre 2015
El hadj Abdoulaye Seck

Quatorze (14) manifestants et passants avaient été tués par des tirs d’arme automatique imputables à des membres du Régiment de Sécurité Présidentiel (RSP) au Burkina Faso.

Aucune des victimes, dont deux enfants, n’était armée ni ne représentait une menace pour les forces de sécurité, selon l’enquête détaillée menée par Amnesty International sur la mort des personnes tuées dans les jours qui ont suivi le coup d’État du 16 septembre

Si le général Gilbert Diendere, à la tête du coup d’État, et le général Djibril Bassole, ancien ministre des Affaires étrangères, ont été arrêtés et inculpés de plusieurs crimes, notamment d’atteinte à la sûreté de l’État et de meurtre, les membres du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) sont réintégrés dans l’armée nationale du Burkina Faso.

PDF - 236.4 ko
Communiqué de presse

« Que des soldats ouvrent le feu sur une foule de manifestants non armés, dont des enfants, avec des armes automatiques, est un recours à la force qui constitue un crime de droit international

a déclaré Alioune Tine, directeur pour l’Afrique de l’Ouest à Amnesty International.

« Les membres du Régiment de Sécurité Présidentielle jouissent depuis longtemps de l’impunité, alors qu’ils sont à l’origine de graves violations des droits humains. Il faut des enquêtes indépendantes en vue de traduire en justice les personnes soupçonnées d’avoir une responsabilité pénale et de les juger dans le cadre d’un procès équitable où la peine de mort ne sera pas requise. »

Le 17 septembre, lors de la manifestation devant le palais du roi traditionnel Moogho Naaba, des membres du Régiment de Sécurité Présidentielle sont arrivés et ont commencé à tirer en l’air et en direction de la foule. Deux personnes ont été abattues sur la place.

PDF - 278.9 ko
Témoignages de civils

Un journaliste présent sur les lieux décrit des manifestants en fuite poursuivis par les soldats : « Alors que les gens fuyaient, ils étaient pourchassés par des membres du RSP, à moto, qui se sont mis à tirer. Un manifestant est tombé, touché à la nuque. Du sang coulait de sa nuque et de sa bouche... Il est mort peu après. »

Selon des éléments médicaux relatifs à un certain nombre de cas dont a eu connaissance Amnesty International, six victimes se sont fait tirer dans le dos. Des témoins ont confirmé qu’elles avaient été tuées alors qu’elles tentaient d’échapper aux forces de sécurité. D’autres personnes sont mortes de balles reçues à la tête, à la poitrine ou au thorax, ce qui indique que les soldats qui ont ouvert le feu n’ont pas tenté de réduire le risque de blessures mortelles.

Selon les chiffres du gouvernement du Burkina Faso, 271 personnes ont été blessées durant les violences qui ont fait suite au coup d’État. D’après les documents médicaux consultés par Amnesty International, un grand nombre d’entre elles ont été blessées par des balles réelles, tandis que des vidéos et des témoins confirment que d’autres ont été fouettées et frappées par le Régiment de Sécurité Présidentielle.

Amnesty International a également recensé des restrictions de la liberté d’expression après le coup d’État, notamment des attaques menées par le Régiment de Sécurité Présidentielle contre des journalistes, des personnalités politiques et des défenseurs des droits humains. D’ailleurs, des membres du gouvernement de transition pris en otage ont été maltraités, privés de nourriture pendant deux jours et certains se sont vus refuser les soins médicaux dont ils avaient besoin.

« Les autorités de transition du Burkina Faso doivent veiller à ce que toutes les violations des droits humains commises par les forces de sécurité, notamment les crimes relevant du droit international, fassent l’objet d’enquêtes indépendantes et impartiales menées par une commission élargie, a déclaré Alioune Tine.

« C’est la condition pour que le Burkina Faso engage clairement la rupture avec son passé et énonce sans détour que de telles violences ne seront pas tolérées à l’avenir. »

Partager