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Quand le dispositif pénal sénégalais "punit" le mineur victime

23 mars 2013
El hadj Abdoulaye Seck

"Il m’est régulièrement signalé, dans nos écoles et établissements, des cas de violences sexuelles à l’encontre des filles. Ces violences basées sur le genre se multiplient, et prennent des formes de plus en plus graves. Elles causent des dommages irréparables aux victimes, à leurs familles et à notre société toute entière et donnent de l’Ecole sénégalaise une image peu reluisante.

En outre, elles annihilent les efforts consentis par notre pays pour accéder à la scolarisation universelle et atteindre la plupart des Objectifs du Millénaire pour le Développement." Telles sont les constatations faites par le Ministère de l’Education nationale du Sénégal dans une lettre circulaire 42 en date du 7 mars 2013. "La gravité et la récurrence des violences à l’égard des filles appellent, de l’ensemble des acteurs et partenaires du système éducatif, une mobilisation à la hauteur des conséquences dudit phénomène." a rappelé le représentant de l’Inspecteur d’Académie de Fatick.

Dans son mot d’ouverture, le vice président d’Amnesty International Sénégal Me Diène Ndiaye a relevé la participation des acteurs clés de l’école à ce séminaire. Il a rappelé dans son speech que cet appel intervient au moment où Amnesty International Sénégal est en train de boucler son programme 2012 - 2013 de prévention des grossesses et mariages précoces à l’école par la manifestation de ce jour. Pour l’occasion, des enseignants, des parents d’élèves, des élèves et des membres de l’administration scolaire de Fatick, Foundiougne et Sokone prendront part à ces deux jours de discussion.

Le point qui a attiré l’attention des participants a été le point soulevé par le juge dans son intervention. Étudiant les limites de la protection de l’enfant, il a fait état de la distinction entre le mineur victime et le mineur délinquant. Suivant son expérience, "le mineur délinquant bénéficie d’une protection particulière (juridiction spéciale, audience en chambre du conseil, absence de la presse), tandis que le mineur victime, à la limite, est traité comme un adulte. Ainsi, il comparait devant la juridiction des majeurs, en audience publique. Il devra répéter en public face à son bourreau les faits qu’il lui reproche.

Si l’on sait le traumatisme causé par les agressions sexuelles, c’est quasiment imposer à ce mineur un rôle non tenable. Il est déjà fragilisé par l’abus, par la présence de son agresseur, par la présence de ses parents et par le public et on lui demande dans le détail de raconter la façon dont les choses se sont passées. L’audience publique constitue un autre traumatisme qu’il devra subir et très souvent il ne parvient pas à s’exprimer, laissant l’avantage au prévenu, lequel majeur souvent n’aura aucune difficulté à s’extirper des poursuites".

Il faudrait donc voir comment assurer au mineur, surtout victime, un procès qui préserve à la fois sa dignité et sa santé mentale.

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